20
jan
10

Invictus veritas ?

Invictus est un très bon film, un bon produit labellisé Clint Eastwood. Inconditionnel autant de l’acteur que du réalisateur, c’est objectivement que je le dis, avec nombre de réserves néanmoins. Ne cherchez pas une fresque politique fidèle, un manifeste contre l’apartheid ou une œuvre du cinéma “réaliste”. Invictus est un exercice de style, une biographie, fort bien menée par une des toutes meilleures interprétations de Morgan Freeman. Le réalisateur sait l’amener à offrir sa meilleure composition et l’acteur réalise ici en outre une sorte de volonté personnelle. Nelson Mandela, est une icône pour l’Afrique et l’Occident, le film en célèbre le culte. Les critiques parleront bien sûr – et à raison – de Steeve Biko, le leader du mouvement de la Conscience Noire, symbole de la Lutte anti-apartheid, assassiné en 1977, bien oublié depuis, évoqueront la création de l’aile militaire de l’ANC par Mandela, organisation taxée de marxiste, prônant la violence armée … Invictus ne se situe pas dans cette sphère, et c’est se tromper que de vouloir l’y placer et le critiquer comme tel.

La politique est donc abordée de manière lointaine, on devine certains traits du leader Mandela. Son côté charmeur et espiègle est très appuyé bien sûr pour servir cette cause. Plus préoccupé par son équipe nationale que la gestion de son pays où les problèmes sont partout. Face à l”ampleur de la reconstruction nécessaire de la société sud africaine post-apartheid, cette coupe du monde de rugby et la victoire de l’Afrique du Sud sont placées au premier plan comme symbole de réconciliation du peuple. Manœuvre politique ? Mise en scène idéaliste assuremment, “concilier les aspirations des noirs et les craintes des blancs”.  Peu de choses ont changé finalement, les problèmes majeurs sont occultés (économie, émeutes, pauvreté, …) et un idéalisme de bon aloi baigne le tout. Le racisme est dénoncé, l’apartheid vole en éclat de manière poussive, humanisme et bonne conscience sont à l’image de la visite de la prison ou de la lecture du poème (recette ‘Guy Moquet”). C’est une superproduction hollywoodienne, ne l’oublions pas ! Un message simple servi par des messages simples. Comme a pu l’être à l’époque cette coupe du monde, et cette victoire surprise mais nécessaire finalement d’une équipe qui n’était pas attendue à un tel niveau. Les polémiques sont nombreuses, rugbystiques entre autres.

Laissons nous prendre au jeu. Morgan Freeman tient son rôle avec une maîtrise et une classe assez jouissive. Matt Damon est un peu en deçà en François Pienaar. Les divers clichés enchaînés avec plus ou moins de justesse, et une bande son souvent douteuse, ne sont là que pour servir cette œuvre, qui ne restera pas comme magistrale, mais qui vaut largement le déplacement en salle. Comme j’ai pu le lire dans un article de Olivier de Bruyn sur Rue89, le terme d’hagiographie sied tout à fait à Invictus. Prenons-le comme tel. Amen.

Quelques sources : Mona Chollet sur le Monde Diplomatique ici, sur Rue89 ou dans nombres d’autres contributions.


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